Mainmise sur le chef-d’œuvre de Mozart, jeudi soir, à l’opéra de Clermont

© photo franck boileau

Par Pierre-Olivier Febvret | 13/01/2018 | Lire l’article complet 

Seuls les lyricophiles « canal historique » devront prendre un peu sur eux.

Mais pour tous les autres, par simple et logique respect pour l’ode à la liberté autant qu’au pardon que L’Enlèvement au sérail représente, ils ne devraient qu’apprécier cette production du centre lyrique Clermont-Auvergne. La première a eu lieu jeudi soir, à l’opéra de Clermont. Deux autres représentations sont prévues aujourd’hui (15 heures) et lundi prochain (20 heures).

Des mots…

Droit au but : c’est bavard et pour cause. La metteuse en scène Emmanuel Cordoliani a volontiers expurgé le chef-d’œuvre de Mozart de ses passages chantés censés faire avancer l’action. Place aux dialogues frontaux, actuels et à la poésie. Des mots, rien que des mots, toujours des mots… et en cinq langues qui offrent des couleurs à l’ensemble et l’universalité du propos. Ces absences de musique imposent un rythme assez décousu avec lequel il faut certes convenir. Dans cette ambiance hautement théâtrale, les voix des chanteurs (rien à craindre de ce côté-là) s’effaceraient derrière leur jeu. Chacun campe son rôle raisonnablement caricatural même pour le géant Osmin (Nils Gustén, très applaudi), terrible gardien du sérail dévoilant ses courbes avantageuses à l’aide d’une robe à paillettes… Ce qui n’a rien de franchement extravagant puisque l’histoire a été transposée dans un cabaret viennois des années 1920.

Tout est alors prétexte à numéros (magie, mime, théâtre d’ombres, marionnettes…) pour un tourbillon d’émotions où le rire n’est jamais très loin des larmes ; surtout à proximité de Selim (le remarquable comédien Stéphane Mercoyrol), pacha sulfureux à l’âme déchirée.

Tourbillon alimenté par les mouvements incessants sur le plateau qui mettent en relief l’absolue constance de Konstanze (la soprano Katharine Drain semble profiter du rôle de sa vie). Cette meneuse de revue est tout en froideur, même si elle brûle d’amour pour Belmonte (Blaise Rantoanina) au déhanchement elvissien. Quant à clown facétieux Pédrillo (César Arrieta) et à sa Blondchen désinvolte (Elisa Cenni), ils maintiennent la continuité comique dans cette production qui prend d’immenses libertés sans jamais trahir le fond : la parole des femmes et la saine confrontation entre Orient et Occident. C’est sa grande réussite.

Grand spectacle

Il y a tout de même eu de la musique… Avec du côté des voix un penchant pour le bel canto, un brin hors style mais qui convient à l’ambiance grand spectacle.

En fosse, en réponse au faux rythme, Roberto Forés Veses impose son énergie, son allant et son élégance à l’Orchestre d’Auvergne, impeccable.

Ça continue. Aujourd’hui, 15 heures et lundi 15 janvier 20 heures, à l’opéra de Clermont… puis en tournée en France.

De 12 à 48 €. www.centre-lyrique.com

Roberto Forés
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