Deux sommets pour cordes seules. 
Nuancé, impliqué : l’Orchestre d’Auvergne relève le défi

SERENADE de Tchaikovsky. A la fine caractérisation de chaque séquence, – y compris les tableaux si disparates composant le premier mouvement « Pezzo en forma di Sonatina », les musiciens auvergnats savent alléger, colorer, nuancer, révélant des dispositions d’unisson, précises, cohérentes, aux phrasés articulés. A une certaine gravité, et profondeur (lié au tempérament introspectif et intime de Piotr Illyitch), succède deux séquences plus objectivement nerveuses et rythmiques : dont on comprend qu’elles aient été si appréciées des chorégraphes. Délicatesse et chant des violoncelles comme des altos et violons, lesquels emportent avec la même élégance la superbe Walzer. L’Elégie qui suit, à la fois délicate et d’une fluidité inscrite dans la pudeur, se distingue tout autant : confession de l’intime, admirablement ciselé grâce à un chef d’une sensibilité intérieure manifeste (Roberto Forés Veses, chef attitré de l’Orchestre d’Auvergne voilà 4 années à présent, nommé à ce poste en 2012). L’impression d’une plénitude murmurée s’affirme encore dans le dernier “Finale / Tema Russo”, mais avec une éloquence dont le flux organique rétablit l’allant d’une irrépressible ardeur. La tension palpable assure à l’écoulement du dernier mouvement sa vive articulation (jeu de la résonance, netteté des attaques, relief graphique des ornements…) où se déploie une opulence ronde et élastique. Jamais épais ni forcé, le chant des cordes réalise ici un parcours à la fois déterminé et finement dessiné. Du bel ouvrage.
Si la musique de Tchaikovsky tend à une abstraction subjective, qui s’inscrit dans la psyché mystérieuse et superbement pudique de son auteur, l’écriture de Sibelius veille à l’efficacité resserrée du développement formel et aussi à l’expression la plus directe, de la splendide nature. Le vivace (2è séquence) en serait la plage la plus palpitante, haletante même, dont la vibration demeure emblématique de toute l’inspiration naturaliste du compositeur finnois. Et l’Adagio (3è séquence) qui suit et la plus longue du cycle de 5 mouvements, soit plus de 9mn, désignerait quant à elle, la trace d’un secret enfoui que le chant presque énigmatique et parfois âpre de l’orchestre tend à percer, sans jamais l’élucider vraiment. D’une belle envolée qui doit être aérienne, d’un pupitre à l’autre, l’Allegretto convainc enfin par sa ductilité et sa légèreté (unissons là encore parfaits), y compris, surtout, dans ce bouillonnement trépidant qui conclut le mouvement.
La tenue des cordes, la direction affûtée, précise, étonnamment jamais creuse du chef assurent la réussite de ce programme plus qu’exigeant pour un orchestre de cordes seules : révélateur de ses réelles performances. Pari relevé pour l’Orchestre d’Auvergne au mieux de sa forme. A suivre.

Posté le 23.12.2016 par Benjamin Ballifh

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Roberto Forés
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