L’Italienne à Alger à l’Opéra de Vichy

L’Italienne à Alger à l’Opéra de Vichy

 
En premier lieu, il faut saluer l’audace et l’engagement de Diane Polya-Zeitline, directrice artistique de l’Opéra de Vichy, laquelle avec un budget étique, parvient à offrir une saison d’été musicale et chorégraphique (merveilleux Coppélia de Victor Ullate, également présenté au Temps d’Aimer la Danse de Biarritz) à la fois raffinée et spectaculaire : témoin cette Italienne à Alger, coproduite par les Opéras de Marseille et d’Avignon, et dont l’éclat joyeux a redonné entrain aux spectateurs dans une ville déjà désertée par les curistes en ce début d’automne précoce. Ici l’enjeu est faussement simple, même si le travail vocal est compliqué : il ne faut pas chercher chez Rossini le moindre message véritable, alors que pour L’ Italienne à Alger, créée le 22 mai 1813 à Venise (le jour où naissait Wagner !), le garçon de 21 ans qu’il était, déjà fêté partout, ne cherchait qu’à amuser le public et à faire virevolter les voix des chanteurs. On n’est pas ici chez le satirique Offenbach, qui reprendra ensuite ce rôle d’amuseur, mais en féroce.

L’Italienne et son pendant le Turc en Italie sont les colonnes d’Hercule d’un univers bouffe à nul autre pareil, où la pulsion répétitive qui confine à la frénésie, met en joie le public, emporté dans cet ouragan de vitalité. On n’y trouve donc qu’une prodigieuse débauche de virtuosité, avec ce ton unique qui n’appartient qu’à Rossini, déjà, même s’il en abusera. D’où la nécessité defaire appel à des chanteurs dotés d’une forte technique qui doit pourtant passer en légèreté, et à un metteur en scène qui ne se croit pas obligé de miner le terrain avec des messages incongrus. C’est ici le cas avec le jeune piémontais Nicola Berloffa, lequel a vaillamment passé le Rubicon en 2008 avec l’itinérant Voyage à Reims, et a compris la problématique de l’œuvre, qui impose d’en faire assez sans trop en faire, les vocalises et la bouffonnerie des personnages suffisant largement à combler l’attention. Il a su transposer l’ensemble habilement dans une époque vaguement coloniale, avec un bey tourné vers l’occident et ses charmes pointus, tout en plaçant ici et là quelques bouffées hilarantes : ainsi les eunuques gentiment grotesques, façon Tintin, costumés par Rifail Ajdarpasic avec voile sur le nez et épaules de forts des souks. Isabella a un côté Marlène, et le casque colonial situe l’ensemble. Cela sent bon le sable chaud, et le loukoum. D’autant que les décors tournants signés du metteur en scène lui-même, joliment et humoristiquement orientalisants, permettent à l’action de tourbillonner autant que la musique. On décale, mais on ne trahit ni ne surcharge…

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Roberto Forés