Rouen. Direction Roberto Fores Veses

Rouen, direction Roberto Fores Veses

 

Théâtres des Arts. Rouen.
Petya Ivanova : Don Pasquale.
Richard Brunel, mise en espace.
Roberto Fores-Veses, direction.

 
 
Avant de débuter une trilogie consacrée à Beaumarchais qui s’annonce fort belle, l’Opéra de Rouen invite son public à un voyage jusqu’en Inde, celle imaginée par Léo Delibes à travers sa célèbre Lakmé.

Peu jouée de nos jours, cette œuvre recèle pourtant de véritables trésors, joyaux qui ne sont saisissables, c’est vrai, que lorsqu’ils sont bien chantés et vécus intensément.
Assigné à une simple mise en espace, le metteur en scène Richard Brunel a su faire, et avec brio, de nécessité vertu. Outrepassant même sa mission originelle, il a réglé avec beaucoup d’art une authentique mise en scène, très épurée, à la direction d’acteurs fouillée, d’un dépouillement fort poétique.
Loin de tout orientalisme de pacotille, cette vision de Lakmé concentre toute sa force autour des personnages, seuls le turban de Nilakantha et les saris stylisés du chœur gardant une connotation géographique, Lakmé, vêtue d’une simple robe noire et gardant la blondeur de son interprète, devenant simplement une femme. Des pupitres disposés sur la scène symbolisent les arbres, et c’est de l’un d’entre eux dont se servira Gérald pour « prendre le dessin d’un bijou ».

Quelques voiles représentant le fleuve et mettant à nu les relations entre les personnages, des éclairages d’une grande beauté, et l’histoire d’amour interdite entre la jeune hindoue et l’officier britannique éclate dans toute sa force et son intemporalité.

Détail qui a semblé irriter certains spectateurs, Lakmé fait son entrée en scène assise sur un fauteuil roulant. Parfois soulevé dans les airs, la jeune femme y étant attachée, et se balançant au-dessus de la scène, il symbolise avec force le difficile rôle de divinité auquel la jeune Lakmé est enchaînée bien malgré elle par son père et le peuple qui l’honore. Ce sera juchée sur ce fauteuil que la jeune femme chantera son très attendu air des Clochettes, loin de toute démonstration de virtuosité, mais vécu comme un moment de terreur intense, d’une grande justesse dramatique, puisque c’est forcée par son père qu’elle interprète cet air, afin que, attiré par la voix de celle qu’il aime, Gérald se trahisse et puisse être tué. Beau moment de théâtre, vraiment.
Remplaçant Amira Selim initialement prévue, la jeune soprano bulgare Petya Ivanova fait montre d’un grand talent. Sa belle voix, à la fois légère et puissante, capable de suraigus puissants, de belles demi-teintes et de piani délicats, …

Roberto Forés