Roberto Forés Veses: L’union des extrêmes

Roberto Forés Veses: L’union des extrêmes

Roberto Forés Veses Le directeur musical et artistique de d’Orchestre d’Auvergne a un grand sens de la synthèse. Avec une haute maîtrise de son ensemble à cordes et de son art, il réunit Sibelius et Tchaïkovsky… Un chant de la liberté face à l’étouffante Russie.

Pierre-Olivier Febvret

Il fait des merveilles entre les monts. En cinq ans seulement – il n’en a pas fallu autant en vérité – Roberto Forés Veses a fait de l’Auvergne son « refuge ». « C’est vraiment là où je fais la musique comme je veux, en totale liberté ». Sa musique. « J’écoute très peu la musique en générale et surtout, je n’écoute jamais la musique que je dois diriger au moment où je la dirige. » Rien que de l’inédit. De l’essence de Roberto Forés Veses.Bouillonnant, électrique à la tête de l’Orchestre d’Auvergne, il dompte et réunit les extrêmes… l’hypersensibilité et le sérieux, la souplesse et la rigueur, l’élégance et le jeu, la force et la fragilité. Roberto Forés Veses ne laisse aucune seconde de répit à la musique qui est offerte avec une intensité et une sincérité rares par des cordes qu’il parvient à faire sonner admirablement. Une mainmise totale qui ne fait pourtant aucun mal à l’écoute collective et aux nuances… Un must même si « je peux toujours faire mieux.

Le concert de ma vie n’est toujours pas arrivé, même avec l’Orchestre d’Auvergne. Roberto Forés Veses

» Qu’il reste sur cette dynamique avec le souci d’optimiser son effectif, par-delà les répertoires de Bach à Boulez, sans s’embarquer dans les guerres de style qui opposent instruments modernes et anciens.« Si tu as les instruments qui te permettent telles transparences, telles articulations, c’est très bien. Mais si tu ne les as pas, ce n’est pas grave… Ce n’est pas pour moi une question de fidélité historique à tel répertoire, mais de moyens. Je pense qu’avec l’outil que l’on a, on fait la musique comme on pense qu’on doit la faire. Ce n’est pas mieux, ni pire, ce n’est que différent et en ce qui me concerne, ça me comble. »Il y a bien quelques manques comme la musique sacrée ? « Ça m’intéresse beaucoup. Je pense qu’on devrait en faire plus. C’est toujours le problème des solistes et du chœur toujours présents dans cette musique… Il faut l’argent pour ça. S’il y a les moyens je le fais, forcément. Il y a eu La Création de Haydn, la Messe en si de Bach, le Stabat Mater de Boccherini. La musique sacrée, c’est surtout la voix et moi j’adore la voix. J’ai été chef de chœur pendant longtemps… »

On ne se cache plus !

Mais retour dans les cordes. « On est à un moment où l’on veut valoriser vraiment l’Orchestre d’Auvergne. On est aux avant-postes pour gagner le championnat européen ! On est très concentrés, on va à fond sur tout. On ne se cache plus derrière les grands solistes. » Avec le disque comprenant La Serénade op.48 de Tchaikovski et Voces Intimae op.56 de Sibelius (label Aparté, janvier 2017), c’est effectivement la première fois depuis plus de dix ans qu’il n’y a que l’Orchestre d’Auvergne sur la jaquette. « Personne ne nous avait fait confiance depuis pour enregistrer seul. C’est en train de changer. Et on continue avec Beethoven (*) ».

Ce nouvel album permet à Roberto Forés Veses, ancien étudiant de l’Académie Sibelius d’Helsinki, de se livrer : « Sibelius c’est ma sensibilité. J’ai appris à l’aimer pendant ma formation, à adorer sa musique, à la comprendre, à la faire mienne, à l’habiter. Parler de Sibelius, c’est parler d’un pays qui a un désir fou de liberté, d’indépendance, face, à l’époque, à la Russie voisine qui t’écrase. Et puis cela permet d’apporter un répertoire nouveau à l’orchestre. »Côté ouverture, Roberto Forés Veses, qui gère la programmation de son ensemble, n’a d’ailleurs guère de limite. « Je n’ai aucun blocage même sur la musique contemporaine. Bien sûr, on a tous des goûts mais en même temps, mon goût en tant que directeur artistique se mélange avec le goût du public. L’avantage, c’est qu’avec l’Orchestre d’Auvergne, je peux tout oser car il peut tout jouer. »

(*) Ils viennent d’enregistrer les exigeants quatuors op.95 et op.131.

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Roberto Forés
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