Récital Karine Deshayes – Clermont-Ferrand

Les Wesendonck Lieder
en mode poétique

 

« On se dépasse, il y a une sorte de dédoublement, de joie profonde à chanter, à jouer, à donner. Ce plaisir profond, physique est la base du chant ! » Régine Crespin ne cachait pas sa prédilection pour le récital où estimait-elle, la voix « si belle soit-elle » ne pèse guère plus de 50%. Les 50% restant ? On peut y voir la face cachée du chant que nous a fait toucher du doigt Karine Deshayes vendredi à l’Opéra de Clermont-Ferrand dans le cadre des Grandes Voix du Centre Lyrique. Chez cette belle artiste à la voix bien faite, on définira alors cet obscur objet du plaisir vocal comme un subtil équilibre entre maîtrise technique et sincérité du vécu de l’œuvre en l’occurrence les Wesendonck Lieder. Deshayes y déploie une plénitude, une assise autant redevable à la beauté intrinsèque de son mezzo et la limpidité de son timbre melliflu qu’à ce mélange miraculeux entre force de conviction et légèreté de l’émission. La retenue aussi y est à l’œuvre, mais non dénuée de passion et de finesse, preuve si besoin était d’une intelligence pénétrante savamment dosée et bien posée.

Karine Deshayes s’appuie en même temps sur la plasticité dramatique racée de son timbre qui la met à l’abri des emphases superflues alourdissant souvent ces lieder. Wagner fait ici entendre plus de finesse psychologique et de caractérisation sur la nuance  que d’affirmation péremptoire dans l’intonation. On est sans la moindre restriction fasciné par l’homogénéité du registre. La projection nette et franche est servie par un vibrato exemplairement serré au point d’en rester imperceptible. Le résultat en est une articulation d’une absolue clarté soutenue par des inflexions d’une précision et d’un naturel d’une exceptionnelle qualité.
Le médium, épanoui dans la clarté et l’aisance, est le fruit d’une concentration soigneusement réfléchie. Une volonté esthétique légitimée par une culture de la distinction qui s’avère particulièrement affirmée et judicieuse dans Träume et Im Treibhaus.

Roberto Forés
Share
This

Post a comment