Don Pasquale, direction de Roberto Forés

Don Pasquale avec
la direction de Roberto Forés

 

Opéra. Avignon.
Gaetano Donizetti : Don Pasquale.
Andrea Cigni, mise en scène
Roberto Fores-Veses, direction.

Après Clermont-Ferrand, Reims, Rouen, Limoges et Saint-Etienne l’an passé – et avant Massy et Vichy le mois prochain, soit en février 2015 -, c’est dans la huitième maison coproductrice du spectacle – l’Opéra Grand Avignon – que cette réjouissante production de Don Pasquale de Donizetti pose ses valises, le temps de deux représentations. Confiée au metteur en scène italien  Andrea Cigni, la proposition scénique est un cousu-main de grand professionnel, sans aucune faute de goût, … où tout fonctionne impeccablement. L’opposition entre le vieux barbon et le couple d’amoureux qui le bernent – un des ressorts les plus utilisés du genre opéra-comique – est ici revivifiée. Don Pasquale est présenté comme un grippe-sous qui entasse ses lingots d’or dans une immense coffre-fort qui prend tout l’espace du plateau avant que Norina ne le vide (des domestiques peu scrupuleux parachevant le pillage…) pour s’acheter des robes de chez Chanel et autres articles de chez Givenchy ! Des nombreuses trouvailles qui émaillent ce spectacle réussi de bout en bout – et sans aucun temps mort -, citons également l’arrivée de Norina dans une nacelle au milieu d’un jardin fleuri, dans une ambiance fraîche et heureuse, en totale opposition à la maison-caveau, triste et sombre, de Don Pasquale.

 

Mise en scène réjouissante, distribution convaincante

La jeune distribution vocale convainc sans réserves, elle aussi, par son engagement et son homogénéité. Le Don Pasquale de Simone Del Savio n’est en rien un vieux bouffon ridicule, mais plutôt un brave homme affligé des défauts que l’on associe souvent au troisième, voire du quatrième âge.

Avare, égoïste, et obstiné, il n’est pas pour autant un archétype, mais un véritable être de chair et de sang, humain de bout en bout, tour à tour hilarant et pathétique, à l’image de cet opéra, où la mélancolie et l’amertume alternent sans cesse avec le comique le plus débridé. A cette caractérisation en tous points remarquables, le baryton italien ajoute une incarnation vocale très plausible, avec une belle maîtrise du chant sillabato.

Avec un timbre plus riche et corsé que la plupart des titulaires entendues ici ou là, la soprano coréenne Anna Sohnn (Norina) maîtrise parfaitement l’écriture belcantiste, qui lui permet notamment d’exécuter de superbes trilles, et possède un abattage scénique qui est pour beaucoup dans le succès de la représentation. De son côté, Sergueï Romanovsky campe un Ernesto d’une sensibilité et d’un raffinement dans le phrasé dignes d’admiration. Doté – à l’instar de la soprano – de moyens supérieurs à ce que l’on entend d’habitude, dans cet emploi confié généralement à des tenorini, le jeune ténor russe offre également à nos oreilles un timbre des plus flatteurs, et une technique déjà aguerrie. Il nous gratifie d’une Sérénade « Com’è gentil » de haut vol. Enfin, nous adresserons de vifs éloges au Malatesta (à l’excentrique défroque) d’Alex Martini : timbre plein et phrasé enjôleur, deux qualités qui font merveille dans son grand air « Bella siccome un angelo ».

A l’unisson d’une mise en scène inventive et d’une distribution électrisante, la direction du chef espagnol Roberto Fores-Veses – directeur musical de l’Orchestre d’Auvergne – fait vivre avec éclat cette partition de pur charme, à la tête d’un Orchestre Régional Avignon-Provence brillant et enjoué. La qualité du Chœur maison dans ses brèves interventions de l’acte III ajoute au plaisir de cette réjouissante matinée.

Roberto Forés
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